Programmes

Traites et esclavage dans les programmes d'histoire du collège en France

SOMMAIRE

Introduction


    « Transmettre une mémoire collective revue et corrigée à chaque génération » et « instituer l'enfant dans une conscience collective ». Ainsi, Jean Peyrot définit les fonctions de l'enseignement de l'histoire [1]. Dans cette perspective, l'enseignement de l'histoire vise, d'abord, à procéder à une mise en ordre : le mien et le tien, l'avant et l'après, l'origine et les conséquences. C'est une manière d'aider le citoyen à se repérer dans le cadre du présent. Ensuite, la clase d'histoire participe à la formation identitaire de l'individu. Elle met en exergue l'origine, la généalogie, les pères fondateurs. Elle indique les ressemblances que l'on a avec les siens et les dissemblances que l'on a avec les autres. Elle légitime les bonnes causes et les ordres à établir et dénonce les mauvais camps [2]. Pour atteindre ces objectifs les concepteurs de programmes choisissent avec minutie les thèmes à étudier. Un coup d'œil sur un programme scolaire donne une idée des faits du passé qui ont de l'importance pour une communauté.

    La colonisation, la traite et l'esclavage sont trois faits majeurs du processus de la formation de la communauté haïtienne. Pourtant, ils n'occupent pas une place importante dans le programme scolaire en Haïti. Le premier programme détaillé date de 1972. Il concerne le secondaire. Il fait la part belle à la période coloniale. Elle est étudiée en 5e, 3e, 2e et 1ere. La traite et l'esclavage sont approfondis seulement en 5e secondaire. Le programme propose de voir :

    • Le passé de l'Afrique

    • L'Afrique avant la Traite des Noirs

    • La traite des Noirs en Afrique et ses conséquences

    • La colonisation de l'Afrique au XIXe siècle

    • Les mouvements d'indépendance en Afrique au XXe siècle.

    • L'esclavage à Saint-Domingue

    • Avec les Espagnols : début – fin

    • Avec les Français : début – fin

    On recommande aux professeurs de développer en priorité la Traite et l'esclavage et d'attirer l'attention sur les différences entre l'esclavage en Afrique et l'esclavage à Saint-Domingue. Dans les autres classes, on passe rapidement sur la Traite et l'esclavage en étudiant la période coloniale (1492 – 1789) ou la période révolutionnaire (1789 – 1804).

    En 1982 a été initiée une réforme du système éducatif. L'enseignement classique est divisé en deux niveaux: l'école Fondamentale et l'école Secondaire. Le Fondamental comprend trois cycles de trois ans chacun. Il vise à réconcilier le jeune haïtien avec son environnement culturel, social et économique. Il se veut national et affirme l'identité de l'homme haïtien. Pour atteindre ces objectifs, il prescrit un programme adapté. En histoire, il met l'accent sur la période coloniale et la période nationale. La colonisation est abordée en 3e, 4e et 8e années. Dans les deux premières années, il effleure la traite et l'esclavage en étudiant la colonisation espagnole et française. En revanche, en 8e ces questions sont approfondies. Le programme du nouveau secondaire (3e à la philo) reste inchangé par rapport à celui de 1972.

 

 

Conclusion

    Le traitement de la traite, de l'esclavage et de l'abolition dans le programme scolaire est curieux. Il ne reflète pas l'omniprésence de l'Afrique dans la conscience et son apport à la communauté haïtienne. Haïti proclame son indépendance le premier janvier 1804. Mais, il ne divorce pas d'avec son passé caractérisé par la Traite négrière et l'esclavage. L'esclave né en Afrique représente aux environs de 1789, en raison de l'intensification de la Traite après 1770, 2/3 tiers de la population noire. Donc, l'indépendance met fin à une société esclavagiste en période « africaine ». Cette population africaine entamera son processus de créolisation en dehors de l'habitation coloniale, après les guerres de libération nationale [3]. Donc, il n'est pas étonnant d'entendre un haïtien dire : « m se nèg ginen [4] ». Et à sa mort, dans les campagnes on dit que l'Haïtien retourne à la Guinée. Face aux attaques des Occidentaux dénigrants les Noirs et les Africains, les Haïtiens revendiquent fièrement leur appartenance à l'Afrique et à la race noire.


    Mais l'Afrique que l'Haïtien revendique est l'Antique pas celle de la traite. Cette dernière n'offre pas un modèle culturel. De plus, elle se réfère à des souffrances et des déchirements qu'il faut vite oublier. Enfin, elle laisse des tares comme l'usage du fouet, symbole du commandeur, tout récemment encore dans les écoles, la violence contre les femmes, la pratique de la domesticité et la maltraitance qui va avec, le marronnage par rapport à l'État au travail, la propension au mensonge, la destruction et le vol des biens collectifs, l'allure clanique et de lutte à mort des combats politiques et le penchant des dirigeants pour le pouvoir absolu [5].


    Nous croyons nécessaire un programme qui prend mieux en compte la question de la traite, de l'esclavage et de l'abolition. Car, seul un nouveau programme peut aider la communauté haïtienne à faire le deuil de cette période douloureuse et à se réconcilier avec elle-même.

Marc Désir

1.
MONIOT Henri, Didactique de l'histoire, Nathan pédagogie, 1993, p. 19. 
2.
MONIOT Henri, Didactique de l'histoire, Nathan pédagogie, 1993, p. 29. 
3.
BARTHELEMY, Gerard, Créoles bossales. Conflit en Haïti, Ibis Rouge Editions, 2000, p. 22. 
4.
Je suis de la Guinée. 
5.
LEREBOURS, Michel Philippe, L'habitation sucrière Dominguoise et vestiges d'habitations sucrières dans la région de Port-au-Prince, Editions Presses Nationales d'Haïti, 2006, p. 9.